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Pour beaucoup de personnes à Malakoff le nom de Louis Girard fait partie du paysage quotidien. Il figure sur les correspondances, les diplômes, les panneaux d’entrée et les documents administratifs, la signalétique routière ou encore un nom de rue. Pourtant, rares sont ceux qui connaissent aujourd’hui l’histoire de l’homme auquel l’établissement professionnel du sud de la ville rend hommage. Car derrière ce nom se cache un destin singulier. Celui d’un ouvrier municipal, syndicaliste et résistant mort en déportation durant la Seconde Guerre mondiale. Un destin qui explique pourquoi, en 1984, le lycée professionnel est devenu officiellement le lycée Louis Girard. Le choix d’avoir donné le nom de Louis Girard à un lycée professionnel n’est pas anodin. Il est même révélateur de l’identité qu’on a voulu pour l’établissement situé dans le sud de Malakoff. Depuis 1954 l’établissement évoluait sans porter le nom d’une personnalité particulière. Ce n’est qu’en 1984 qu’il adopte officiellement celui de Louis Girard. Une plaque commémorative est alors dévoilée en présence de son fils, Claude Girard. Mais qui était Louis Girard ? Né en 1904 à Aix-les-Bains, il s’installe à Malakoff où il exerce la profession de jardinier municipal. Surnommé « Gigi », il devient rapidement une figure du syndicalisme ouvrier local. Responsable du syndicat CGT des jardiniers de la région parisienne, il s’engage activement dans la défense des travailleurs. Lorsque la France est occupée, il choisit la Résistance. Comme de nombreux militants ouvriers, il participe à la diffusion de tracts clandestins et à l’organisation des premiers réseaux de Résistance. En 1940, il est arrêté avec d’autres syndicalistes. Déporté à Auschwitz, il y meurt en 1942. Louis Girard, d’abord un homme du travail En donnant son nom au lycée, l’établissement ne rend pas seulement hommage à un résistant. Il célèbre une figure qui réunit plusieurs dimensions de l’histoire locale et nationale. Contrairement à beaucoup de personnalités qui donnent leur nom aux établissements scolaires, Louis Girard n’est ni écrivain, ni savant, ni homme politique de premier plan. Il est un salarié municipal, un technicien du quotidien, un représentant de ces milliers d’anonymes qui font fonctionner une ville. Pour un lycée professionnel, cette référence à un homme du travail possède une force particulière. Elle affirme que les métiers manuels et techniques méritent reconnaissance et considération. Elle rappelle que la dignité d’une société repose également sur le savoir-faire de ceux qui fabriquent, construisent, entretiennent et transmettent. Le choix de Louis Girard exprime ainsi une certaine idée de l’enseignement professionnel. Une idée selon laquelle la réussite ne se mesure pas uniquement aux fonctions occupées mais aussi à l’engagement, à la compétence et au sens des responsabilités. Mais la portée du nom dépasse encore la seule dimension professionnelle. Louis Girard incarne aussi les valeurs républicaines que l’école a pour mission de transmettre. Son parcours rappelle que la citoyenneté ne consiste pas uniquement à connaître ses droits. Elle implique parfois le courage de défendre la liberté lorsque celle-ci est menacée. À travers lui, le lycée témoigne son attachement à la Résistance, à la lutte contre toutes les formes d’oppression et au refus de la soumission. Chaque élève qui entre dans l’établissement se trouve ainsi placé, souvent sans le savoir, sous le patronage symbolique d’un homme qui a payé de sa vie son engagement pour la liberté. Ce choix possède également une dimension profondément locale. Dans de nombreuses villes, les établissements scolaires portent le nom de grandes figures nationales parfois éloignées de l’histoire du territoire. À Malakoff a été fait un autre choix celui d’honorer l’un de ses propres habitants. Louis Girard vivait dans la commune. Il y travaillait. Il y militait. Son histoire appartient à celle de la ville. En adoptant son nom, le lycée s’est enraciné dans la mémoire locale et dans son appartenance à l’histoire de Malakoff. Aujourd’hui, plus de quarante ans après l’adoption de ce nom, sa signification demeure d’une étonnante modernité. En effet dans une société en quête de repères, Louis Girard continue d’incarner des valeurs universelles : l’engagement au service des autres, la fidélité à ses convictions, le respect du travail, la solidarité et le courage face à l’injustice. Un établissement public scolaire ne repose pas seulement sur ses bâtiments, ses ateliers ou ses formations. Il repose aussi sur le message porté par son nom. Le lycée professionnel de Malakoff est devenu le symbole d’un établissement qui associe depuis des décennies formation professionnelle, promotion sociale, engagement citoyen et transmission des valeurs républicaines. Et c’est peut-être là toute la force de ce choix effectué en 1984 en ayant fait d’un homme simple, ouvrier municipal de Malakoff devenu résistant et mort à Auschwitz, une figure capable encore aujourd’hui de donner du sens à la mission éducative d’un lycée professionnel. |